Journal de Bord Samedi 12 Mai 2007

Publié le par yves Buffet

Vendredi 11 mai 2007 Journée au port de Mahon

 

Hier soir, dans la faible lumière de la ville qui éclairait l’eau du port, nous avons cherché une place libre pour y stationner le bateau, ce matin à 7H45 une femme interpellait en français Rodolphe qui buvait un café sur le pont. Il faut passer à l’ « officine » vous êtes dans l’emplacement d’un chantier naval et la place est payante 93 E par jour. Après les joies de la grande liberté que j’éprouvais hier de me trouver seul au milieu d’une telle étendue d’eau, c’est un retour brutal aux vraies réalités. Tout se paye et se paye cher. Une place de ponton au prix d’une nuit dans un Novotel, précisons que l’eau et l’électricité sont disponibles, mais si loin de notre emplacement qu’il nous faudrait 100 m de tuyau et câble pour s’y brancher. Je dois passer à l’ « officine » qui est de l’autre coté du port pour payer, les horaires sont espagnols, les bureaux doivent ouvrir à 5 heures….

A 9 heures mes coéquipiers décident de faire un tour en ville. Ils descendent l’annexe de son support, montent le moteur, et traversent la baie pour faire leur balade. Je reste seul et  passe 2 heures à vous écrire et à tourner en rond sur le bateau. Je prends sur la messagerie par satellite  les fichiers météo pour les prochains jours, ce n’est pas l’idéal pour redescendre le long de la côte espagnole, nous devrions avoir encore du vent de face. Mon parcours en bateau étant aussi un convoyage entre la méditerranée et l’atlantique, je ne suis pas un vrai touriste qui pourrait attendre que le vent favorable arrive,  nous avons un délai raisonnable à tenir, nous partirons demain au moteur en direction de Cartagena si cette destination est acceptée par la majorité de mes loups de mer,la longueur de l’étape devant être a peu près équivalente à celle que nous avons déjà faite (à contrôler).

 

Première rencontre du voyage. Nous avons hier soir rangé le bateau sur un ponton flottant, à coté d’un bateau en triste état, voiles déchirées flottant en lambeaux et tout le matériel en vrac dans le cockpit. Ce matin m’a permis d’une part de découvrir que ce bateau était Isabella, un bateau de 11 m pour lequel avant de partir hier de Port Napoléon nous avions entendu un MAY DAY. Le message de détresse, lancé par le CROSS Méditerranée, informait les navigateurs, au moment de notre départ, qu’un bateau le Isabella était en perdition. Ce bateau était à coté de nous. Un petit Allemand qui ne parlait qu’allemand nous a fait comprendre qu’une vague l’avait retourné, lui avait cassée une pièce de sa commande de gouvernail, que l’eau avait endommagé son électricité, qu’il n’avait plus de quoi mettre en route son moteur, que ses voiles étaient déchirées et coincées dans le haut du mat, et que le vent avait fini par tout emporter, que sa coéquipière très malade ne lui avait été d’aucun secours, et qu’elle s’était enfuie, aussitôt ramenée au port par les sauveteurs. Cet allemand s’inquiétait du coût de la place de stationnement et devait surement s’inquiéter du coût de réparation de son bateau. Il fallait pourtant qu’il reparte en direction de Port Camargue ou il devait faire rentrer son bateau en allemagne par la route. Pauvre allemand ! La totale.

 

Pour midi, Rodolphe est resté avec moi sur le bateau. Au menu, salade de tomate et reste des pâtes d’hier, plus un yaourt pour moi et café sur le pont pour les deux. Nos coéquipiers Raymond et Bertrand ayant préférés manger en ville.

A 16 Heures dans le petit pneumatique j’ai moi aussi traversé la baie. Il fallait que je règle la place de port. Après une courte négociation et prétextant à très juste raison que je ne contestais pas le tarif mais que les prestations eau et électricité ne m’étaient pas fournies, ils ont accepté de ramener la facture à 62 E. Cher, mais pas plumé comme un touriste. Non mais !

Après un petit tour en ville à marcher dans des ruelles étroite propres mais d’un intérêt moyen je décide de revenir au bateau. Seules quelques photos, du haut de la vielle ville surplombant la baie, seront un bon souvenir. L’après midi se termine à vous écrire.

Une présentation rapide de mes partenaires :

 

Raymond Espérance est un Béarnais semble t-il un peu têtu mais qui joue son rôle avec bonne conscience, c’est lui le skipper  en titre et c’est à lui de prendre les bonnes décisions qui vont nous mener à bon port. Il a 57 ans, marié, sa femme est responsable d’une maison de retraite pour bonnes sœurs, il a un fils qui fait du dépannage dans l’électroménager ou quelque chose d’approchant et une fille qui travaille dans la logistique. Je ne suis pas très curieux et d’une manière générale je ne cherche pas trop à en savoir plus sur la vie privée des gens. Raymond m’a dit avoir été responsable technique dans une usine de conditionnement alimentaire, une laiterie. Quand l’usine à fermée il s’est sérieusement mis à passer tous ses diplômes pour faire de la mer une seconde activité. Il est capitaine 200 ce qui semble être une formation dont tous les skippers avec qui j’ai été en contact ont fait état. Il semble méticuleux ce qui me va bien pour la  réussite de notre périple mais qui à quand même parfois je voudrai dire : trop de précautions de sont-elles pas un peu de manque d’assurance ? Mais quand je vois l’état du voilier Isabella je me dis que je ne connais pas la mer et qu’il vaudrait mieux ne pas montrer mon impatience. Je pense que si quelque chose devait se dégrader dans nos relations mon caractère un petit peu trop impulsif y serait pour une grande part avec celui là. L’avenir nous dira.

 

Rodolphe Dubois a 50 ans environ, il est Bordelais, a vécu longtemps à Arcachon et habite maintenant près de Biarritz. Il est posé, raisonnable, sociable et bon cuisinier. Je ne sais pas bien quel a été son parcours professionnel mais lui aussi est diplômé de la marine et son diplôme est plus relatif à la plaisance à moteur par rapport à Raymond qui est voile. Ils se sont connus lors de stages de formation et semblent bien s’entendre car ils se complètent. Rodolphe me dit avoir un père industriel qui ne sait que travailler, qui ne connaît des endroits où il va que les grands restaurants. Par réaction à l’excès de son père, il semble avoir pris la vie du bon côté, il ne me parait pas stressé bien que par certains côtés plus cérébral que Raymond, je suis sûr qu’il intériorise beaucoup plus les choses. Enfin tout cela avec des «  peut-être ». Rodolphe a déjà été marié, il vit maintenant avec une copine dont c’est aujourd’hui la fête ou l’anniversaire ? Enfin quelque chose qui mérite la carte qu’il lui a envoyé.

 

Bertrand Arnoult a 56 ans environ il semble pas mal avoir vadrouillé, il parle de l’Afrique, il a vécu à Arcachon c’est un copain de jeunesse de Rodolphe. Ils possèdent en commun une plate, c’est un bateau d’ostréiculteur sur le bassin d’Arcachon. Bertrand vit dans une ferme dans le fin fond des Landes du coté de Dax. Il y élève des chevaux mais en ce moment il n’en n’a plus ? Il est vit avec une femme 20 ans plus jeune que lui avec laquelle il a deux enfants 5 et 3 ans. Pas désagréable.

 

Il est minuit, demain samedi, nous devons lever l’ancre à 9 heures pour faire le plein de gasoil et pour entreprendre notre deuxième étape.

Publié dans récit du voyage

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article