Journal de Bord Lundi 14 Mai 2007

Publié le par yves Buffet

Dimanche 13 et lundi 14 mai 07

 

 

L’après midi est monotone, moteur 2000 tours, vitesse 7 nœuds, et il faut attendre que les miles s’accumulent. Mon prochain quart est de 15 à 18 heures, ensuite ce sera de minuit à 3 heures, je fais donc entre les quarts une petite sieste préventive pour la future nuit. A partir de 21 heures  la mer grossit, devient plus cassante, c’est la particularité de la méditerranée, pas des très grosses vagues mais courtes pentues et croisées. Le bateau tape, je suis dans ma cabine, la plus spacieuse du bateau et aussi la mieux placée, à l’arrière. 
Pourtant, j
’ai l’impression d’être sur un trampoline qui bougerait dans le sens vertical et latéral, je ne suis pas malade allongé mais l’ambiance n’est pas des plus joyeuses quand il faut se lever à minuit. Le plus difficile est de s’habiller, mettre le plus vite possible la veste de quart, le harnais et traverser le couloir pour ne pas rester en bas verticalement trop longtemps. 
Vite  l’air froid de la nuit prit à grands poumons pour dissiper le malaise qui vient. 
Quelques minutes plus tard c’est presque oublié, mes coéquipiers ont mis sous voiles, changé légèrement de cap le bateau remonte au mieux dans le vent,  avec des grandes embardées dans tous les sens. La barre est contrôlée le plus souvent par le pilote  automatique « CAP 240 » pas de problème pour lui c’est tout droit. 
Les vagues sont irrégulières, en général toutes les 7 ou 8 une plus grosse, alors le bateau décolle lourdement retombe à plat sur la suivante dans un grand bruit et avec l’eau qui inonde le pont. Ce n’est pas drôle surtout quand on sait que cela va durer encore longtemps. 
Vers deux heures du matin, un signal apparaît sur le radar un bateau à 10 heures sur une trajectoire qui se rapproche de nous. Nous apercevons bientôt ses feux, rouges sur le coté, c’est donc son bâbord (gauche) sa route vient vers nous. Après une longue surveillance à scruter l’intrus sur l’écran et de visu, celui ci réussit à nous passer devant et à disparaitre dans la nuit. Notre soulagement est en fait de courte durée, le bateau a fait demi-tour et nous le voyons revenir sur notre travers gauche. Raymond qui est avec moi met le moteur et allume tous les feux du bateau. Illuminés comme une cathédrale nous  sommes prêt à agir. La situation durera plusieurs dizaine de minutes avant qu’une nouvelle fois il disparaisse dans la nuit. 
Mon estomac n’a pas résisté à la tension du moment. J’ai copieusement arrosé sur les passavants du bateau qui longent le cockpit. Heureusement les paquets de mer balayent la bile que mes contractions sporadiques produisent. Ce n’est pas agréable mais je reste lucide et j’attends 3 heures. Rodolphe apparaît, j’ai 6 heures avant que mon tour ne revienne, je descends me coucher, projeté plusieurs fois contre les cloisons avant de me jeter sur le lit, toujours dans ma tenue de quart, ciré harnais et chaussures. Mon petit seau en plastique bleu me servira encore deux fois, avant que le sommeil m’emporte dans le vacarme du moteur et des Boums-Boums du bateau qui tape dans la mer.

J’ai dormi quelques heures, mais j’attends bien sagement 9 heures avant de remonter sur le pont. Les nouvelles ne sont pas bonnes. Les conditions qui s’étaient dégradées pendant la nuit ont fait souffrir le bateau. Le propulseur d’étrave à l’avant a battu malgré la calle qui devait servir à l’immobiliser. Un tirant intermédiaire qui part du bord du mât au niveau de la deuxième barre de flèche, jusqu’au bord extérieur de la barre de flèche inférieure, s’est dévissé. C’est très grave, le mât peut tomber. Mes camarades ont renforcé le côté affaibli en établissant les deux bastaques de ce coté. Comme nous sommes au moteur, seuls les chocs dus à la mer provoquent des flexions du mât, il ne serait plus possible d’établir les voiles. 
En vue des côtes espagnoles, la circulation des bateaux se fait plus dense. Nous devons presque nous immobiliser pour laisser passer devant nous un navire de croisière lancé à plus de 15 nœuds.

Il est 18H30 en approche du port de Carthagène, on aperçoit sur la droite une montagne découpée en terrasses régulières juste au dessus d’une grande usine ressemblant à une cimenterie. La matière première est à la porte, tant pis pour le paysage.

La grande baie est barrée par une digue toute neuve sur laquelle vient se briser la forte houle de la mer et renvoie une houle réfléchie, nous n’en apprécions que mieux l’arrivée au port.

Lundi 14 mai 19H30 le bateau est à quai à Carthagène.

La traversée à durée 53 heures dont 42 heures au moteur, j’en ai plus qu’assez. Je n’ai rien mangé depuis la veille à midi. Je ne souhaite que me coucher le plus vite possible...

BONSOIR !  

 

Publié dans récit du voyage

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