Journal de Bord Jeudi 24 Mai 2007

Publié le par yves Buffet

24 mai 2007  Jeudi Départ de Cascais

           

            Ce matin là, la bonne humeur était comme le beau temps, pas au rendez-vous. Il y a comme cela des jours où chacun y va de sa petite crise et puis les choses n’étant pas si graves, tout rentre dans l’ordre. Chacun, ensuite, faisant semblant d’oublier ce qu’il a dit ou entendu. La pluie sur les épaules, je contourne l’ensemble des pontons pour rejoindre le bureau du port pour payer les deux nuitées que nous avons passées à Cascais. L’heure portugaise étant décalée d’une heure par rapport à nous, c’est donc à 10 heures française qu’ouvre le bureau, le temps de faire les formalités et de revenir au bateau, nous quittons le port à 11 heures. Je ne suis pas du tout dans la peau d’un navigateur au long cours. Je me dis, une demi journée de perdue.

            La petite pluie s’est transformée en légère brume puis le soleil apparaît à bon escient. Dans les premiers miles (1852m) le long de la côte, la surface de l’océan est parsemée de flotteurs. Des petits en polystyrène, d’autres plus gros ont des drapeaux, ce sont, soit des filets soit des lignes de casiers à crustacés. Dans le doute abstiens-toi. Nous passons très largement quand cela est possible loin de ces pièges dans lesquels notre hélice pourrait venir se prendre. J’ai bien un coupe orin sur l’axe d’hélice du bateau. C’est une sorte de roue dentée tranchante qui est sensée couper les filins qui viendraient s’y enrouler, mais je ne suis pas sûr de la technique.

            Petit soleil palot et par moment pas un souffle de vent, la surface de l’océan n’est même pas ridée et l’on croirait flotter sur du mercure. Seule un très légère houle résiduelle fait un peu bouger cette masse d’eau.

            L’étrave du bateau ne vient pas taper dans la vague, ces conditions sont idéales pour essayer d’avancer un peu plus vite. Nous poussons un peu le régime moteur entre 2300 et 2500  tours par minutes  et la vitesse augmente. Dans une mer formée, nous tournions à 1800 tr/mn pour 5,5 nœuds ; dans les conditions actuelles nous marchons à 8,3 nœuds en moyenne.  

            Depuis le départ nous cumulons les trajets au moteur, le vent est souvent contraire et quand il pourrait être exploité il n’est pas suffisant pour que nous établissions des moyennes raisonnables. C’est un convoyage et j’ai hâte d’arriver. Ce trajet monotone entre Cascais et Baiona devait durer 40 heures environ, il durera en fait 29 heures. Le bateau sera amarré, plein de gasoil fait et prêt à repartir, aujourd’hui vendredi 25 mai à 16 heures.

Les seuls moments notables de ce trajet ont été à deux reprises pendant mon quart de nuit, de 3 heures à 6 heures du matin la visite des dauphins. Ils étaient plus petits que ceux que j’avais vu en méditerranée, mais aussi vifs et exprimant un vrai plaisir de venir jouer autour du bateau. L’écume qu’ils produisent est éclairée par la lueur des feux du bateau et ce sont des petits éclairs brillants qui zèbrent la surface de l’eau.

            Cascais est en Espagne, au sud d’un estuaire sur lequel se trouve la ville de Vigo. La côte Atlantique  de cette région est très accidentée et ressemble à la Bretagne. D’ailleurs notre prochaine étape sera de franchir le cap Finistère. C’est la pointe extrême nord ouest de l’Espagne. Ce cap est réputé pour sa dangerosité, il y a toujours de la mer, des tempêtes violentes s’y forment rapidement. Il y a aussi un rail pour les cargos où la circulation est très dense. Les vents de l’Atlantique étant d’ouest, s’il y a une difficulté ils auront tendance à nous pousser sur les cailloux. Toutes ces bonnes raisons ont eues raison de mon impatience, selon la météo et mes experts de marins, Raymond et Rodolphe, il vaut mieux passer après demain.

NB : météo marine qui ne vaut guère mieux que la météo terrestre, elle se trompe souvent.

            Demain samedi nous attendrons sagement amarrés à un ponton flottant de la marina de Baiona que les conditions soient favorables.

Ce sera un autre jour que je vous ferai partager.

A suivre…

Publié dans récit du voyage

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